Tout au long de sa vie, Dadou Pasquet a parlé avec sa guitare, sa musique comme porte-voix. Et lors de sa dernière apparition publique, il a livré un message d’une intensité rare, résumé en quelques mots lourds de sens :
« Peyi a mare nan poto oo... Pa priye pèsòn oooo... Lage li pou mwenLi mèt genyen vè... Li mèt genyen maleng nan do Ala wooo ooo... Ba li lavi pou mwen... »
« Peyi a mare nan poto... ». L’image est lourde, volontairement brutale. Celle d’un pays attaché, immobilisé, privé de mouvement, de souveraineté et de dignité. Ce n’est pas une plainte abstraite, mais un constat. Une métaphore que tout Haïtien comprend instinctivement.
« Pa priye pèsòn ». Ici, Dadou ne parle pas seulement de religion. Il évoque la dépendance, la désillusion collective, la fatigue face aux discours creux et aux promesses répétées, aux paroles sans action. Il y a dans ces mots comme un avertissement : « Arrêtez d’attendre le salut de quelqu’un d’autre. Arrêtez de croire que quelqu’un viendra résoudre nos problèmes à notre place ». Ce n’est ni un rejet de la foi ni un mépris du peuple, mais une secousse morale, un appel à la responsabilité et à la lucidité.
« Lage li pou mwen ». C’est le cœur émotionnel de la chanson. Une supplication intime, presque personnelle : laisser le pays respirer, exister, vivre. Chantée à la fin de sa vie, cette phrase prend une dimension presque testamentaire.
« Li mèt genyen vè, li mèt genyen maleng nan do ». Dadou reconnaît la réalité sans l’embellir. Le pays est malade, atteint de maux profonds, anciens, parfois invisibles. Il n’idéalise rien, n’édulcore rien. Mais il ne condamne pas.
« Ba li lavi pou mwen ». C’est la phrase la plus tendre. Malgré la maladie, l’épuisement et la douleur, Dadou ne demande ni punition ni rupture. Il demande la vie. Pas la perfection. Pas un miracle. La vie. Lors de cette dernière apparition, Dadou Pasquet n’a pas choisi un morceau festif ni un classique consensuel.
Il a choisi un chant grave, dépouillé, presque nu, interprété sans colère ni théâtralité, avec une voix chargée de vécu. On n’y entend pas un artiste qui revendique, mais un homme fatigué, lucide et aimant, qui s’adresse à son pays comme à un être cher qu’on refuse d’abandonner.
Sans slogans ni posture politique, il y exprimait la fatigue d’un pays entravé tout en refusant le désespoir. En dépit de tout, il demandait une seule chose : ba li lavi pou mwen. Cette dernière parole résume sans doute le mieux son amour lucide pour Haïti. Ce n’était pas un adieu, mais un ultime message d’amour.
Ainsi, Dadou Pasquet s’éteint, mais sa musique et ses paroles continuent de parler à Haïti et à ceux qui l’aiment, comme une voix toujours présente, guidant le pays et ses artistes vers demain. André “Dadou” Pasquet fut un homme d’un tel calibre que l’humanité n’en retrouvera sans doute pas avant plusieurs siècles.
RÉDACTION : Christelle PIERRE-LOUIS
RÉVISION & CORRECTION : Peterson DORSAINVIL & Rodly SAINTINÉ
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