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Fast fashion : l’illusion du style, le coût du désastre

  • Photo du rédacteur: ÉCOLE DES  MÉDIAS
    ÉCOLE DES MÉDIAS
  • 7 nov. 2025
  • 3 min de lecture

L’industrie de la fast fashion a construit un empire sur une promesse séduisante : la mode accessible, renouvelée chaque semaine, où chacun peut réinventer son identité à faible coût. Mais sous l’apparente démocratisation du style se cache un système industriel d’une violence sociale et écologique rarement assumée.


Chaque année, plus de 100 milliards de vêtements sont produits dans le monde, soit une multiplication par deux en quinze ans. Ce flot continu n’est pas destiné à durer : on estime qu’un article fast fashion est porté sept à dix fois en moyenne avant de finir abandonné, voire jeté. Le vêtement devient un produit jetable, un consommable parmi d’autres l’antithèse de ce qu’a longtemps représenté l’habillement : une forme d’expression pérenne, parfois transmissible.

Une économie de l’exploitation

L’essence de la fast fashion repose sur des délocalisations en chaîne, une fabrication accélérée et des coûts compressés jusqu’à l’absurde. Derrière l’étiquette « Made in Bangladesh » ou « Made in China » se cachent souvent des conditions de travail précaires : salaires très bas, absence de protections sociales, exposition à des produits toxiques. Le drame du Rana Plaza en 2013 plus de 1 100 morts a brièvement choqué l’opinion. Mais l’émotion s’est dissipée : les marques ont continué à délocaliser, parfois vers des pays encore moins regardants sur les normes.


L’arrivée de l’ultra fast fashion (Shein, Temu…) aggrave la tendance. On ne parle plus de collections mensuelles mais de milliers de nouvelles références chaque jour, générées et testées en temps réel grâce aux données collectées sur les comportements des consommateurs. Ici, l’algorithme dicte le design : la créativité est secondaire, l’objectif est de coller à la demande instantanément et au moindre coût.

Une catastrophe écologique planétaire

Le textile est responsable de 10 % des émissions mondiales de CO₂ plus que l’aviation et le maritime réunis. Les tissus synthétiques, majoritaires dans la fast fashion, sont issus du pétrole : chaque lavage libère des microplastiques qui finissent dans les océans et jusque dans nos organismes. L’eau utilisée pour la teinture pollue des régions entières ; l’industrie du coton assèche des bassins vitaux.


Le gaspillage est tout aussi alarmant : plus de 40 millions de tonnes de vêtements sont jetées annuellement. Une partie est expédiée vers des pays africains ou sud-américains sous couvert de « seconde main ». En réalité, ce sont des montagnes de déchets textiles qui s’entassent dans des décharges à ciel ouvert ou sont brûlées clandestinement.

Une emprise culturelle sur nos désirs

Pourquoi continuons-nous à acheter ? Parce que la fast fashion a compris notre rapport anxieux à l’image sociale. Elle occupe l’espace mental : influenceurs, micro-tendances TikTok, promos permanentes… L’acte d’achat devient une récompense émotionnelle immédiate. On se persuade d’acheter pour « suivre le style », mais c’est le système qui dicte ce style et l’accélère jusqu’à rendre le vêtement obsolète avant même de l’avoir porté.


C’est une aliénation douce : nous n’exprimons plus notre identité par la mode, nous consommons des identités préfabriquées. Face au désastre, la réponse ne peut être seulement individuelle. Certes, privilégier : la seconde main ; la réparation ; des marques transparentes sur leur chaîne de production ; sont des gestes utiles.


Mais il faut aussi réguler : limiter l’importation de produits jetables, imposer la traçabilité, protéger les travailleurs du textile, taxer l’ultra-production. La mode ne doit pas renoncer à son pouvoir d’inventer des récits, d’affirmer des identités. Mais l’innovation stylistique ne peut plus se faire contre le vivant et contre les humains. L’urgence est de sortir de la logique du tout-jetable, de redonner de la valeur au vêtement au-delà du prix affiché sur l’étiquette.

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