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Jeux vidéo : quand le virtuel devient prison

  • Photo du rédacteur: ÉCOLE DES  MÉDIAS
    ÉCOLE DES MÉDIAS
  • 9 nov. 2025
  • 3 min de lecture

Les jeux vidéo, omniprésents dans la vie des adolescents et jeunes adultes, cristallisent depuis une décennie une inquiétude grandissante : celle de leur potentiel effet néfaste sur la santé mentale, relationnelle et scolaire.


Loin de tout procès d’intention, il s’agit ici de tirer le fil d’un malaise réel, documenté par les spécialistes et vécu souvent dans le silence par les jeunes eux-mêmes.

Derrière le plaisir, l’obsession numérique


Pour Brian, 16 ans, l’histoire commence par une passion : « J’ai découvert les jeux en ligne grâce à mes amis. Au début c’était du fun, puis c’est devenu une dépendance, je ne voyais plus personne, j’ai perdu pied avec la réalité. » Ce témoignage, loin d’être isolé, illustre une lame de fond : perte de contrôle sur le temps de jeu, repli sur soi, dénégation des autres loisirs et abandon progressif des relations sociales.


Le psychiatre Geneviève Lafaye observe : « La majorité des jeunes joueurs ne développent pas une addiction. Mais pour ceux chez qui le jeu devient compulsif, on repère une vraie détresse : troubles du sommeil, irritabilité, anxiété, sentiment de vide en dehors du jeu. »​

La mécanique de l’enfermement

Les jeux vidéo sollicitent intensément la dopamine, la molécule du plaisir et de la récompense. Mais dans le contexte scolaire (examens, échec, stress), certains jeunes trouvent dans le jeu une échappatoire séduisante, vite exclusive. Laura, 15 ans, témoigne : « Quand je perdais, je devenais agressive, j’avais l’impression de n’exister que dans le virtuel. Ça m’a rendu anxieuse, triste, j’ai coupé les ponts avec mes copines. »


Ce repli est d’autant plus sournois que l’environnement favorise l’hyperconnexion : réseaux sociaux, influenceurs, publicités ciblées rendent le virtuel omnipotent, au détriment du sommeil, de la vie familiale (conflits, barrières) et de l’engagement scolaire.​


Le regard des professionnels

Pour le Dr Abdou Belkacem, spécialiste en addictologie, les signes précurseurs sont clairs : « Isolement social, baisse des notes, irritabilité, troubles alimentaires et du sommeil doivent alerter. Le plus difficile est la négation du problème : il faut du temps, de la bienveillance, et une prise en charge adaptée. »


Il ajoute : « La demande d’aide vient souvent de l’entourage, parents affolés ou amis inquiets. Notre rôle n’est pas de diaboliser, mais de réinsérer le jeu dans une pratique équilibrée, en redonnant sa place au dialogue et à la diversité des loisirs ». Selon les experts, l’abstinence totale n’est ni réaliste ni souhaitable : il s’agit plutôt de réintroduire des activités “hors-écrans”, de travailler sur l’estime de soi et d’accompagner le jeune dans son autonomie, loin des modèles culpabilisants.​


Une souffrance qui s’exprime peu

Les conséquences sont durables : anxiété, troubles de la concentration, perte de lien social, parfois même dépression ou décrochage scolaire. À l’hôpital Paul-Brousse, une unité spécialisée prend en charge des jeunes “joueurs pathologiques”.


Pour certains, la rechute est possible le jeu, rarement la cause unique, accompagne souvent des fragilités préalables, comme l’exclusion, la perte de repères ou le harcèlement scolaire.​

Vers une prévention intelligente

Face à ce phénomène, les spécialistes plaident pour une prévention active : identification précoce, formation des familles et des éducateurs, campagnes d’information sur la gestion du temps d’écran et l’importance du dialogue. Les groupes de parole pour jeunes, l’intégration d’activités physiques, la régulation douce plutôt que punitive et le développement de ressources thérapeutiques adaptées sont des leviers fondamentaux.​


Ce que révèlent les témoignages, c’est la nécessité de sortir d’une vision binaire : le jeu vidéo n’est pas en soi “le mal”, mais son usage excessif, non accompagné, dans un contexte de fragilité, peut devenir un révélateur d’un mal-être plus large et profond. Comprendre, accompagner et réhabiliter l’équilibre numérique, c’est la clé d’une prévention efficace pour que le virtuel ne devienne plus une prison, mais redevienne un espace de jeu et d’ouverture.

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