Le 1er décembre 1955, Rosa Parks, modeste couturière afro-américaine de Montgomery (Alabama), refuse de céder sa place dans un bus à un Blanc, déclenchant un boycott de 381 jours qui ébranle les fondations du système Jim Crow.
Ce geste, loin d’être spontané, symbolise une résistance collective et inspire encore aujourd’hui les combats contre le racisme systémique, comme le soulignent militants des droits humains et leaders panafricanistes.
Un refus calculé, fruit d’une longue préparation
Rosa Parks n’était pas une passagère ordinaire : membre active de la NAACP (National Association for the Advancement of Colored People), elle avait été formée par des militants comme Septima Clark à des ateliers de non-violence. Son arrestation pour violation du code municipal qui autorisait le chauffeur à assigner les sièges n’était pas fortuite ; elle visait à tester la loi ségrégationniste, après des précédents comme celui de Claudette Colvin, une ado de 15 ans arrêtée plus tôt la même année.
« Rosa n’a pas agi seule ; c’était le résultat d’années de stratégie par les femmes noires de la Women’s Political Council, qui ont distribué 35 000 tracts appelant au boycott dès le lendemain de son procès », témoigne une militante des droits humains contemporaine, soulignant comment ce refus a catalysé une mobilisation massive : 40 000 Noirs boycottent les bus, privant la compagnie de 75% de ses revenus. Le pasteur Martin Luther King Jr., élu à la tête de la Montgomery Improvement Association (MIA), organise un réseau de covoiturages, malgré les violences : attentats à la bombe contre des églises et arrestations.
Le boycott, creuset du leadership noir et panafricain
Ce mouvement de 381 jours, soutenu par des figures comme E.D. Nixon, révèle la puissance de la désobéissance civile. La Cour suprême, dans l’arrêt Browder v. Gayle (décembre 1956), déclare la ségrégation sur les bus inconstitutionnelle, victoire qui propulse King sur la scène mondiale.
Un leader panafricaniste contemporain analyse : « Rosa Parks incarne le lien entre luttes locales et panafricanisme ; son geste rappelle que la libération des Noirs américains est indissociable de celle des colonisés africains, comme l’évoquait Kwame Nkrumah qui saluait le boycott comme un modèle pour l’indépendance ghanéenne ». Des organisations anti-racistes rappellent que ce succès collectif avec des femmes au cœur de la logistique a posé les bases de la Marche sur Washington en 1963.
Héritage contesté : inspiration ou mythe individualisé ?
Aujourd’hui, Rosa Parks est célébrée comme la « mère du mouvement des droits civiques », mais certains militants critiquent la focalisation sur son individu au détriment du collectif. « Elle a dit : ‘J’ai assez dit’ lors d’une réunion, refusant de monopoliser la parole, preuve d’une humilité qui contraste avec les récits héroïques solitaires », note un responsable d’une ONG luttant contre le racisme structurel.
« Dans un monde où les bus sont déségrégués mais les inégalités persistent surmortalité des Noirs, profilage policier, son refus nous interpelle : la victoire de 1956 exige une vigilance panafricaine globale contre le néocolonialisme et le racisme institutionnel », insiste une figure des droits humains, citant les échos dans les mouvements Black Lives Matter.
Les leaders anti-racistes plaident pour que son legs inspire des actions concrètes : éducation antiraciste et réparations historiques. Parks, chassée de Montgomery par les menaces, continue le combat jusqu’à sa mort en 2005. Son « non » reste un appel à l’action collective, loin des statues : un refus qui fracture encore les systèmes oppressifs.
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