La fin de l’aide humanitaire américaine, une catastrophe pour Haïti
- ÉCOLE DES MÉDIAS

- 10 nov. 2025
- 5 min de lecture

La situation continue de se dégrader en Haïti. Selon l’ONU : “près de 5,4 millions de personnes sont actuellement en insécurité alimentaire.” La suspension de l’aide humanitaire américaine par Donald Trump, détériore encore la situation.
Lors de son arrivée à la Maison Blanche le 20 janvier 2025, le président Donald Trump a signé un décret ordonnant le gel de l’aide étrangère américaine. Ce lundi 10 Mars, le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, a donc annoncé la suppression de 83% des programmes de l’agence de développement USAID ;démantelant ainsi l’agence américaine pour le développement international qui représentait, à lui seul, 42% de l’aide humanitaire mondiale. Cette décision impacte fortement Haïti déjà en proie à une crise humanitaire aiguë.
Haïti dépend pour une large part du soutien international. L’aide humanitaire accordée au pays s’est élevée à 420 millions de dollars, soit environ 400 millions d’euros en 2024. Une somme qui équivaut à 17% du budget national, adopté en fin septembre 2024 par le gouvernement haïtien pour la période 2024-2025.
Les États-Unis, le principal pourvoyeur d’aide à Haïti
La responsable de l'Unicef pour Haïti, Geetanjali Narayan, qui participait au point de presse tenu, le 28 février 2025 à Genève, a souligné à quel point l'aide des États-Unis était vitale pour le pays : "L'impact en Haïti, dans un pays si touché par le conflit, la violence et la pauvreté, est extrême et immédiat. Cela se passe en ce moment". Selon l’Organisation des Nations unies, le financement des programmes humanitaires en Haïti a été couvert à 60%, en 2024, par les fonds américains.

L’assistance humanitaire d’urgence, les programmes de santé, les hôpitaux et autres sont donc aujourd’hui quasiment tous à l’arrêt. "Plusieurs établissements de soins de santé en Haïti éprouvent déjà beaucoup de difficultés à poursuivre leurs services, en raison de la suspension brusque de l’aide américaine", ajoute Geetanjali Narayan.
C’est le cas de l’Hôpital public Immaculée Conception (HIC) de Port-de-Paix, spécialisé dans la prise en charge des personnes atteintes de tuberculose. Le centre hospitalier a dû suspendre le contrat de travail d’une partie de son personnel soignant. Une situation que déplore le docteur Gulnes Saint-Phard, directeur de l’HIC. Joint au téléphone par TRT Français, le médecin dit craindre "la recrudescence de cette maladie dans le pays".
Par ailleurs, les organismes œuvrant dans la lutte contre le VIH en Haïti s’inquiètent eux aussi. “Cette décision risque de paralyser la lutte pour stopper la propagation du virus. C’est une menace supplémentaire pour plus de 125 000 haïtiennes et haïtiens vivant avec la maladie, qui étaient déjà affaiblis par la situation instable en Haïti”, explique à TRT Français, Édouard Dieufait, président de la FEDHAP (la Fédération haïtienne des associations des Pvvih (Personnes vivant avec le VIH).

Le gel de l’aide américaine fragilise davantage les plus précaires
La décision de l’administration Trump touche directement les populations les plus vulnérables en Haïti. En proie aux violences des gangs, "60 000 personnes ont été déplacées entre le 14 février et le 5 mars 2025 ", selon l’OIM (Organisation internationale pour les migrations). “La violence entre les gangs est sans fin. Nous n'avons jamais été témoin d’un tel déplacement de population en un temps si court”, déclare Grégoire Goodstein, chef de l’OIM à Haïti. 12 nouveaux campements de déplacés ont vu le jour en quelques semaines. Aujourd’hui à Haïti, plus d’un million de personnes sont déplacées, parfois sans abris. Ce chiffre a été multiplié par trois en une année.
Depuis plusieurs années, des milliers de personnes sont prises à partie par les gangs armés « Viv ansanm » qui contrôlent 85% de la capitale Port-au-Prince. Victimes de viols, d’assassinats et d’autres exactions pour la plupart, elles ont dû fuir des quartiers comme Martissant, Solino Carrefour-Feuille, Chris-Roi, Nazon (Commune de Port-au-Prince) ; Delmas 24, Delmas 30 (Commune de Delmas), ou encore Kenskofff, Metivier, Corvette (Petion-Ville), etc.
Contraints d’abandonner leurs demeures, les déplacés se retrouvent soit chez des proches, dans des camps de fortune ou directement à la rue. Selon le dernier rapport du conseil de coordination de camps, publié le 14 février 2025 : “la moitié des personnes déplacées a trouvé refuge auprès de proches en familles d’accueil, et l’autre moitié est accueillie dans 31 sites dont 27 qui existaient déjà avant ces incidents et 4 nouvellement créés”.
TRT Français a réussi à recueillir les témoignages de personnes déplacées. Ce fut difficile, certains ont même changé d’avis au dernier moment par peur. Pour Mario [nom d’emprunt], responsable du camp des réfugiés (OPC Office de la protection du citoyen), la suspension de l’aide américaine "est une décision catastrophique". “Jusque-là on avait l’aide bien qu’insuffisante des ONG. Mais maintenant tout est à l’arrêt. Des centaines de personnes dont des femmes et des enfants vont mourir de faim. Le gel de l’aide des États-Unis "vient fragiliser davantage un pays déjà agonisant", conclut-il. Il ajoute qu’il n’a pas de solution de remplacement, aucune ONG ne peut remplacer le soutien de USAID.
La faim menace les Haïtiens




Commentaires