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La Fabrique des Arts, un nouvel outil dans le paysage artistique et culturel haïtien

  • 22 févr.
  • 3 min de lecture

Le vendredi 20 février 2026, le Centre culturel Brésil-Haïti à Port-au-Prince a accueilli le lancement officiel de La Fabrique des Arts, une initiative de plusieurs compagnies théâtrales haïtiennes.


La Fabrique des Arts est un projet porté par un consortium tripartite composé de la Fondation Connaissance et Liberté – FOKAL, le Centre d’Art, l’Association Quatre Chemins, avec la FOKAL en chef de file.

Elle compte parmi ses membres les organisations comme : l'association Quatre Chemins, Brigade d’Intervention théâtrale (BIT-HAITI) et Tamise.


L’une de ses principales missions est de mettre en réseau les institutions culturelles, de favoriser le partage de compétences et de créer des synergies durables au service de la création et de la diffusion artistique en Haïti. Pour marquer cette ouverture, deux pièces ont été présentées : Chant de Nègre, mise en scène par Eliezer Guérismé et Daphena Rémédor, et Mes villes debout, mise en scène par Guy Régis Jr.


Mémoire coloniale et urgence identitaire

Chant de Nègre s’inscrit dans la lignée des grandes voix de la Négritude. Inspirée notamment de Black-Label de Léon-Gontran Damas, du Discours sur le colonialisme d’Aimé Césaire et de la pensée poétique de Mahmoud Darwich, la pièce explore la violence historique du colonialisme, le racisme contemporain et la question brûlante de l’identité.


Chez Césaire, la colonisation « travaille à déciviliser le colonisateur ». Cette idée traverse la mise en scène : l’oppression ne détruit pas seulement l’opprimé, elle corrompt l’humanité même de l’oppresseur.

Chez Damas, Black-Label agit comme un chant de douleur, un cri blessé pour l’homme noir, dénonçant l’aliénation et l’assimilation forcée.



Chez Darwich, enfin, « porter la liberté » devient un acte existentiel : élargir sa cellule, refuser d’être ce que l’oppresseur attend. Selon Daphena Rémédor, le choix de ces textes répond à l’urgence du monde actuel, marqué par la montée des discours racistes, la résurgence des logiques coloniales et les crispations identitaires. « Il fallait que cette parole se parle », confie-t-elle.


La mise en scène d’Eliezer Guérismé s’est réalisée à distance, le metteur en scène n’étant pas disponible à Port-au-Prince. L’équipe a dû recourir aux outils technologiques pour concrétiser le projet, un exercice complexe mais stimulant, qui a renforcé la rigueur du travail collectif.


La pièce a été interprétée par Kenny Laguerre, Jenny Cadet, Jenny Clairin, James Célestin et Jemps Philias. Pour Kenny Laguerre, cette expérience marque un tournant dans sa carrière : « C’est comme si le public me découvrait dans un autre registre. » Une exploration plus intérieure, plus politique, plus exigeante.


Des villes qui refusent de tomber

De l’autre côté de la scène, Mes villes debout proposait une écriture ancrée dans la réalité haïtienne. Interprétée par Ricardo Boucher, Manah-Issa Pierre, Chanda YAAG et Neik’art, la pièce s’inspire des textes de Frankétienne, du Collectif SIR et de Ricardo Boucher.


Ici, la parole dénonce les crimes subis par les populations vivant dans les ghettos et les camps d’hébergement. La ville n’est pas un décor : elle est un corps blessé. Mais elle est aussi résistance.

L’influence de Frankétienne se ressent dans la tension verbale, la densité poétique et la fragmentation du réel.


À cela s’ajoute une dimension hip-hop, rythmique et scandée, qui confère au spectacle une pulsation urbaine contemporaine, une esthétique chère à Guy Régis Jr., où la parole devient souffle, percussion, urgence. Mes villes debout ne se contente pas de dénoncer : elle affirme. Elle refuse la normalisation de la violence et transforme la scène en espace de mémoire et de combat.


Un public multiple, un espace à construire

Le public, composé de différentes catégories sociales et professionnelles, a répondu présent. Artistes, étudiants, intellectuels et passionnés de théâtre : la salle témoignait d’un véritable besoin de rassemblement culturel.


Selon Guy Régis Jr. et Daphena Rémédor, La Fabrique des Arts n’est pas qu’un événement inaugural : c’est une dynamique collective appelée à s’inscrire dans la durée. L’objectif est de créer un espace pour l’art, non seulement physique, mais aussi idéologique, un lieu de pensée, d’expérimentation et d’engagement.


Entre mémoire coloniale et violence contemporaine, entre poésie et engagement, cette soirée inaugurale a rappelé que le théâtre demeure un lieu essentiel de parole. Un lieu où l’on élargit la cellule ; Un lieu où les villes se tiennent debout...


RÉDACTION : Sarousvens MAURICETTE

RÉVISION & CORRECTION: Rodly SAINTINÉ

COPYRIGHT : © A L'OEUVRE TV & IMÉDIAS 2026

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