Un parfait inconnu : un film passionnant
- ÉCOLE DES MÉDIAS

- 7 nov. 2025
- 2 min de lecture

Un parfait inconnu de James Mangold déconstruit la figure du biopic musical en se concentrant sur une période-clé de la carrière de Bob Dylan : son basculement du folk vers le rock électrique, entre 1961 et 1965. Mangold refuse toute linéarité classique, préférant l’évocation fragmentaire et la multiplication des points de vue pour cerner une figure insaisissable, star autant pour les autres que pour lui-même.
Plutôt qu’un récit de la vie de Dylan, le film propose une traversée d’un moment d’Histoire : l’Amérique du début des années 1960 et ses bouleversements. C’est une œuvre qui se veut davantage réflexion sur la construction d’une légende que reconstitution fidèle – la tentation mythologique n’est jamais tout à fait éradiquée, mais elle passe ici par la manière dont les autres regardent Dylan, comment ils le sculptent ou le mythifient. La performance de Timothée Chalamet, subtile et cynique, accentue le trouble entre vérité et représentation, entre génie solitaire et construction sociale du mythe.

La mise en scène, précise, insère Dylan dans un décor américain saturé de signes, mais n’enlève rien de l’opacité du personnage. Le film n’est pas exempt de défauts : certains ressentiront l’absence de matière, une distanciation excessive ou au contraire, une mythification creuse. Mais c’est aussi un choix assumé – Mangold livre un « biopycat », un anti-biopic qui conserve la part d’inconnu, se détournant de la psychologie intime pour jouer du simulacre et de la surface.
Le résultat, porté par Chalamet, Elle Fanning et Edward Norton, reste à la fois touchant, frustrant, et stimulant sur le plan philosophique : on ne saura jamais vraiment qui est Bob Dylan, mais la puissance du regard collectif – du public comme des proches – finit par forger une icône autant qu’un inconnu.
La réussite du film repose finalement sur sa capacité à activer une nostalgie paradoxale, celle d’un monde qu’on croit connaître, mais qui nous échappe sans cesse. Mangold rappelle que l’émotion au cinéma est souvent une tension entre ce qu’on voit et ce qu’on devine. Un parfait inconnu se tient sur ce fil, refusant la leçon mais offrant une lucidité rare sur la fabrique de la star américaine.




Commentaires