Une bataille après l’autre : entre admiration et stupefaction
- ÉCOLE DES MÉDIAS

- 7 nov. 2025
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Une bataille après l’autre de Paul Thomas Anderson est un objet cinématographique aussi foisonnant que clivant, qui incarne magistralement les contradictions de l’Amérique contemporaine. Avec un budget colossal pour PTA, cette fresque hybride promet la comédie d’action grand public mais plonge audacieusement dans la polarisation politique US.
Le scénario met en avant Bob Ferguson (Leonardo DiCaprio), activiste d’extrême gauche, et Perfidia (Teyana Taylor), lien direct entre enjeux intimes et luttes collectives. Anderson s’amuse de la posture révolutionnaire, mais la déplie moins comme engagement politique que comme question de transmission et de filiation.
Le film est saturé de signes contemporains — luttes raciales, minorités, ICE, Black Power — mais sans jamais s’engager frontalement. Beaucoup y verront un discours « gauchiste éclairé », qui refuse paradoxalement la radicalité. On regrettera que, derrière la puissance de l’imagerie (scènes d’action, poursuites, couleurs en fusion), la question politique s’évide au profit d’un récit de famille, d’un parcours père-fille qui cherche l’émotion plutôt que le bouleversant.

La relation père-fille, la générosité du casting (Sean Penn, Benicio Del Toro), la dynamique buddy-movie, tout cela réjouit et captive. Mais la « transmission » — fil rouge du récit — sonne un peu creux tant les enjeux politiques restent décorum.
PTA excelle dès qu’il s’agit d’imprimer un rythme — musicalité des courses, beauté de la bande-son signée Jonny Greenwood, oscillation entre tragique et absurde — mais n’ose jamais s’affranchir du « centre » rassurant du cinéma US. Le film oscille entre genres, rend hommage à Altman, expérimente sur la forme, mais échoue dans la densité du propos social : trop survolé, jamais incarné.
Une réussite formelle, parfois vertigineuse, portée par une énergie singulière. Le sentiment persiste toutefois d’une œuvre qui évite la brûlure de l’engagement au profit d’une mélancolie familiale, d’un grand geste esthétique qui ne tranche pas.




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