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  • PROCÈS PAUL POGBA : ACTE 3 D’UN LONG FEUILLETON JUDICIAIRE

    Mathias Pogba au tribunal correctionnel de Paris pour son procès, le 26 novembre 2024. Il est accompagné de sa famille en arrière-plan sur la photo. Il est accusé d'avoir fait pression sur son frère Paul Pogba, champion du monde 2018 avec les Bleus. | Anne-Christine POUJOULAT | AFP Le procès dans l’affaire Paul Pogba a finalement été ouvert  à Paris, ce mardi 26 novembre. Après plusieurs mois d’enquêtes et d’instruction, on entre à présent dans le troisième épisode de cette incroyable affaire qui met en scène des proches de Paul Pogba dont son grand frère Mathias, dans un vaste scandale de chantage, de séquestration et de tentative d’extorsion d’argent. Pour rappel, les faits remontent dans la nuit du 19 au 20 Mars 2022.    Six hommes sont donc devant le tribunal correctionnel du 16e arrondissement pour leur implication présumée dans cette affaire dont Mathias Pogba, Mathias Pogba, 34 ans, frère aîné de l’international français. Ils comparaissent du 26 novembre au 3 décembre dans cette étonnante affaire qui avait secoué le monde du football.   Le déroulé de l’audience du 26 novembre :    13h00. Les gens se précipitent dans la salle d’audience. Toutes les dispositions ont été prises pour la tenue de la première journée d’audition dans cette fameuse affaire. 13h31 : Mathias Pogba, accompagné de son avocat Me Tabula Mbeko, est arrivé à l'audience, en compagnie de sa mère, Yeo Mariba. Mathias Pogba au tribunal correctionnel de Paris pour son procès, le 26 novembre 2024. Il est accompagné de son avocat Me Tabula Mbeka et de  sa famille en arrière-plan sur la photo. | Anne-Christine POUJOULAT | AFP Mais son petit  frère Paul, partie civile dans l'affaire, n'est pas présent. Ce qui n’est pas une surprise. Puisque l’avocat de la star du foot, Me Pierre-Jean Douvier, l’avait déjà confirmé : « Paul Pogba ne viendra pas à l’audience. Ni aujourd’hui, ni toute cette semaine. » Il n’a pas envie de venir et est de toute façon à l’étranger. A souligné son avocat.    14h09 : Lancement du procès. L’appel des prévenus a été réalisé. Ils sont tous présents. Cinq d’entre eux, dont Mathias Pogba, comparaissent libres.  Alors que, Roushdane K, est accompagné par la police. La présidente de la cour a procédé au rappel des faits en cours. L’audience a donc débuté.  S’ensuivent plusieurs auditions. À 14h43 : Mathias Pogba a été appelé à la barre. Il était le dernier à être auditionnée. La présidente rappelle les infractions qui lui sont reprochées, notamment le fait d’avoir tenté d’obtenir la somme de 13 millions d’euros.  Quelques minutes plus tard, les avocats de la défense ont pris la parole. Préoccupés par l’absence de Paul à l’audience, ils ont demandé le renvoi du procès. La cour a donc suspendu l’audience pour examiner la requête. Par ailleurs l’avocat de Roushdane K. a notamment demandé la nullité de l’ordonnance de renvoi devant le tribunal correctionnel et la remise en liberté de son client.   Suite à la demande  des avocats de la défense, la cour s’est retirée à 15h09. Un long moment de suspense s’est emparé de la salle. L’audience est dans l’expectative alors que les magistrats examinaient la demande de renvoi.  Finalement à 15h33, l’audience a repris. Mais près d’une trentaine de minutes plus tard, la cour a dû se retirer à nouveau, suite à une nouvelle demande de la défense. Cette fois, tous les six avocats de la défense ont demandé à l’unisson la nullité de l’ordonnance de renvoi devant le tribunal correctionnel, au motif d’une « erreur procédurale » des magistrats instructeurs. Offusqué par cette demande, l’avocat de l’ancien milieu de terrain des bleus, s’insurge : « Ce n’est pas le procès de Paul Pogba » il a rappelé que son client avait été entendu et il s’est rendu aux confrontations. « Il ne s’est défilé, à aucun de ses rendez-vous » A-t-il ajouté.  Après des heures de tergiversations juridiques, la cour a donc tranché : « La demande en nullité de l’ORTC rejetée. » L’audience a été poursuivie jusqu’à 19h.  En attendant le verdict final,  ce long feuilleton judiciaire suit son cours jusqu'au 3 décembre.      RÉDACTION: Rodly SAINTINÉ

  • La déconvenue des mercenaires latino-américains en Ukraine

    Des soldats ukrainiens et combattant étrangers lors d’une opération a Irpin | Daniel BEREHULAK | New York Time Depuis l’invasion russe en Ukraine en février 2022, des nombreux combattants étrangers ont rejoint les rangs de l’armée ukrainienne. Dans la foulée de la solidarité internationale, des mercenaires latino-américains notamment des colombiens, ont fait le grand saut jusqu’à Kiev. Rêvant de s’assurer une retraite dorée, ils se sont engagés sur le front. Un rêve qui tourne très vite en cauchemar. « On revient de l’enfer » s’exclame un rescapé colombien, contraint de rentrer au bercail. C’est un sentiment largement partagé par de nombreux  mercenaires colombiens de retour au pays.  Soulagés de revenir en vie, la plupart de ces combattants décrivent une situation infernale et des conditions extrêmement difficiles.  La quête de pactole, une guerre dans la guerre Un butin de 4300 euros par mois à la clé, (soit 16 fois le salaire minium de la Colombie), et 300, 000 euros de dédommagement aux familles des victimes. De quoi faire saliver des anciens soldats en difficulté économique. A l’appel d’enrôlement international du président Volodymyr Zelensky, en 2022, des dizaines de colombiennes se sont ruées en Ukraine. Obnubilés  par l’argent, ces mercenaires se sont précipités au front la conquête du pactole de guerre. Se croyant peut-être en visite touristique sous les tropiques, ces soldats avides sont pris au piège en Ukraine.  Ils se sont heurtés très vite à la dure réalité de la guerre, sous les bombardements incessants des russes. A ce jour, 57 colombien sont tués, en Ukraine et 77 sont portés disparus. Et leur famille dans la tourmente attend désespérément le dédommagement promis par Kiev qui n’était qu’un leurre. Une migration économique sous couvert de guerre Si pour nombreux étrangers engagés dans cette guerre notamment les occidentaux, la motivation est plutôt géopolitique et stratégique, mais pour la plupart des combattant latino-américains elle est d’autant plus pécuniaire. Beaucoup sont d’anciens militaires cherchant à échapper à des situations de précarité, à rembourser des dettes ou à offrir un avenir meilleur à leur famille. Cette quête de stabilités économiques de ces combattantes « pigistes » contraste fortement avec l’idéal démocratique occidental. Loin d’un élan de solidarité, l’engagement sur le terrain de ces anciens militaires colombiens rime à une forme de migration économique sous couvert de guerre. RÉDACTION: Rodly SAINTINÉ

  • La fin de l’aide humanitaire américaine, une catastrophe pour Haïti

    Des citoyens montent des barricades ce jeudi à Port-au-Prince pour protester contre l'insécurité La situation continue de se dégrader en Haïti. Selon l’ONU : “près de 5,4 millions de personnes sont actuellement en insécurité alimentaire.” La suspension de l’aide humanitaire américaine par Donald Trump, détériore encore la situation. Lors de son arrivée à la Maison Blanche le 20 janvier 2025, le président Donald Trump a signé un décret ordonnant le gel de l’aide étrangère américaine. Ce lundi 10 Mars, le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, a donc annoncé la suppression de 83% des programmes de l’agence de développement USAID ;démantelant ainsi l’agence américaine pour le développement international qui représentait, à lui seul, 42% de l’aide humanitaire mondiale. Cette décision impacte fortement Haïti déjà en proie à une crise humanitaire aiguë. Haïti dépend pour une large part du soutien international. L’aide humanitaire accordée au pays s’est élevée à 420 millions de dollars, soit environ 400 millions d’euros en 2024.  Une somme qui équivaut à 17% du budget national, adopté en fin septembre 2024 par le gouvernement haïtien pour la période 2024-2025.  Les États-Unis, le principal pourvoyeur d’aide à Haïti La responsable de l'Unicef pour Haïti, Geetanjali Narayan, qui participait au point de presse tenu, le 28 février 2025 à Genève, a souligné à quel point l'aide des États-Unis était vitale pour le pays : "L'impact en Haïti, dans un pays si touché par le conflit, la violence et la pauvreté, est extrême et immédiat. Cela se passe en ce moment". Selon l’Organisation des Nations unies, le financement des programmes humanitaires en Haïti a été couvert à 60%, en 2024, par les fonds américains. Des déplacés se sont réfugiés dans une église mormone à Port-au-Prince L’assistance humanitaire d’urgence, les programmes de santé, les hôpitaux et autres sont donc aujourd’hui quasiment tous à l’arrêt. "Plusieurs établissements de soins de santé en Haïti éprouvent déjà beaucoup de difficultés à poursuivre leurs services, en raison de la suspension brusque de l’aide américaine", ajoute Geetanjali Narayan. C’est le cas de l’Hôpital public Immaculée Conception (HIC) de Port-de-Paix, spécialisé dans la prise en charge des personnes atteintes de tuberculose. Le centre hospitalier a dû suspendre le contrat de travail d’une partie de son personnel soignant. Une situation que déplore le docteur Gulnes Saint-Phard, directeur de l’HIC. Joint au téléphone par TRT Français, le médecin dit craindre "la recrudescence de cette maladie dans le pays". Par ailleurs, les organismes œuvrant dans la lutte contre le VIH en Haïti s’inquiètent eux aussi. “Cette décision risque de paralyser la lutte pour stopper la propagation du virus. C’est une menace supplémentaire pour plus de 125 000 haïtiennes et haïtiens vivant avec la maladie, qui étaient déjà affaiblis par la situation instable en Haïti”, explique à TRT Français, Édouard Dieufait, président de la FEDHAP (la Fédération haïtienne des associations des Pvvih (Personnes vivant avec le VIH). Des soldats kenyans venus renforcer la police haïtienne entre dans le quartier de Kenscoff à Port-au-Prince où des gangs ont pris des otages quelques jours auparavant Le gel de l’aide américaine  fragilise davantage les plus précaires La décision de l’administration Trump touche directement les populations les plus vulnérables en Haïti. En proie aux violences des gangs, "60 000 personnes ont été déplacées entre le 14 février et le 5 mars 2025 ", selon l’OIM (Organisation internationale pour les migrations). “La violence entre les gangs est sans fin. Nous n'avons jamais été témoin d’un tel déplacement de population en un temps si court”, déclare Grégoire Goodstein, chef de l’OIM à Haïti. 12 nouveaux campements de déplacés ont vu le jour en quelques semaines. Aujourd’hui à Haïti, plus d’un million de personnes sont déplacées, parfois sans abris. Ce chiffre a été multiplié par trois en une année. Depuis plusieurs années, des milliers de personnes sont prises à partie par les gangs armés « Viv ansanm » qui contrôlent 85% de la capitale Port-au-Prince. Victimes de viols, d’assassinats et d’autres exactions pour la plupart, elles ont dû fuir des quartiers comme Martissant, Solino Carrefour-Feuille, Chris-Roi, Nazon (Commune de Port-au-Prince) ; Delmas 24, Delmas 30 (Commune de Delmas), ou encore Kenskofff, Metivier, Corvette (Petion-Ville), etc. Contraints d’abandonner leurs demeures, les déplacés se retrouvent soit chez des proches, dans des camps de fortune ou directement à la rue. Selon le dernier rapport du conseil de coordination de camps, publié le 14 février 2025 : “la moitié des personnes déplacées a trouvé refuge auprès de proches en familles d’accueil, et l’autre moitié est accueillie dans 31 sites dont 27 qui existaient déjà avant ces incidents et 4 nouvellement créés”.  TRT Français a réussi à recueillir les témoignages de personnes déplacées. Ce fut difficile, certains ont même changé d’avis au dernier moment par peur. Pour Mario [nom d’emprunt], responsable du camp des réfugiés (OPC Office de la protection du citoyen), la suspension de l’aide américaine "est une décision catastrophique". “Jusque-là on avait l’aide bien qu’insuffisante des ONG. Mais maintenant tout est à l’arrêt. Des centaines de personnes dont des femmes et des enfants vont mourir de faim. Le gel de l’aide des États-Unis "vient fragiliser davantage un pays déjà agonisant", conclut-il. Il ajoute qu’il n’a pas de solution de remplacement, aucune ONG ne peut remplacer le soutien de USAID. La faim menace les Haïtiens Gertrude [nom d’emprunt], est réfugiée dans le camp OPC. Cette femme raconte comment elle a dû quitter sa maison. Elle ne se rappelle pas la date exacte de sa fuite hors de son quartier mais elle se souvient des gangs qui sont arrivés et ont mis le feu à des habitations : “J’ai entendu des tirs alors on est parti. J’ai tout perdu. Je n'ai personne et je n’ai nulle part où aller. Pour manger, je comptais sur le ratio alimentaire qu’on distribuait une fois sur deux ici. Mais maintenant… c’est foutu”, soupire-t-elle résignée. Elle se dit être totalement abandonnée. Et sans l’aide des ONG, elle “ne pourra plus suivre”. La situation est encore plus difficile pour Emmanuel [nom d’emprunt], 16 ans. Orphelin de père et de mère, tous deux tués par des bandits à Solino [un quartier populaire de Port-au-Prince], l’adolescent se retrouve à présent à la rue dépourvu de tout. “J’ai plus de vie. Ils m’ont volé tout ce que j’avais de plus précieux au monde. Tout est fini pour moi.”, se confie-t-il en pleurs, presque incapable de parler. Il n’est plus scolarisé, n’a pas de travail et est incapable de dire s’il lui reste une quelconque famille. Il ne sait pas comment il va pouvoir se nourrir. Son désespoir est celui de centaines d’enfants haïtiens touchés de plein fouet par les violences de gangs. Contraints de fuir, la plupart se retrouvent à la rue, sans aucune aide ni assistance de l’Etat. Dépourvus, à présent, de l’aide humanitaire, les déplacés sont laissés sans ressources. Face à cette situation alarmante, les ONG, dont Médecins Sans Frontières, tirent la sonnette d’alarme et exhortent au rétablissement d’urgence des financements humanitaires qui sont cruciaux pour le pays.  Au regard de la dégradation de la situation actuelle en Haïti, si rien n’est fait, le pays risque de sombrer dans la plus grande crise humanitaire mondiale. En février 2025, les Nations unies lançaient un appel d’urgence à hauteur de quatre millions de dollars pour pouvoir livrer l’aide humanitaire via le service aérien des Nations unies puisque l’aéroport commercial est fermé à cause des violences. Selon les calculs des Nations unies, en 2024,  5,4 millions de personnes ne mangeaient pas à leur faim dans le pays, dont deux millions souffraient de famine. RÉDACTION : Rodly SAINTINÉ RÉVISON & CORRECTION : Angelique FERRAT COPYRIGHT : TRT FRANÇAIS

  • E-sport 2025 : professionnalisation accrue, précarité maintenue

    En deux décennies, l’e-sport est passé du statut de loisir marginal à celui d’industrie mondiale pesant plusieurs milliards de dollars. En 2025, les grandes compétitions remplissent des arènes, sont diffusées sur des plateformes dédiées, et séduisent des sponsors comparables à ceux du sport traditionnel. Pourtant, derrière cette vitrine d’excellence et de performance numérique, la réalité sociale des joueurs reste marquée par une profonde précarité. L’e-sport s’institutionnalise, mais sans parvenir à protéger pleinement ceux qui le font vivre. Une industrie en quête de légitimité Le tournant s’est amorcé au début des années 2020. Les fédérations se sont multipliées, les clubs professionnels ont structuré des équipes, les universités ont ouvert des cursus dédiés. En 2025, l’e-sport n’est plus un simple divertissement : il s’inscrit dans l’économie du spectacle, avec ses stars, ses agents, ses droits d’image et ses revenus publicitaires. Les géants de la tech, du streaming et de l’énergie sponsorisent les tournois les plus prestigieux de League of Legends Worlds à The International de Dota 2, en passant par Valorant Champions. Les gains cumulés rivalisent désormais avec certaines disciplines sportives traditionnelles. Un joueur d’élite peut empocher plusieurs centaines de milliers d’euros par an, sans compter les partenariats et les contrats de diffusion. Mais cette professionnalisation, si spectaculaire soit-elle, ne concerne qu’une minorité. Une élite face à une masse invisible Pour chaque joueur starisé, des milliers de jeunes talents tentent de percer dans un environnement ultra-concurrentiel. Les structures semi-professionnelles pullulent, souvent sans encadrement juridique solide. La majorité des joueurs ne bénéficient ni de contrat stable, ni de protection sociale, ni de droits syndicaux. Certains enchaînent les tournois en ligne non rémunérés, d’autres dépendent entièrement du streaming pour subsister une économie de la visibilité où la fatigue mentale et la peur de l’oubli deviennent des menaces constantes. Selon plusieurs études menées en Europe et en Asie, plus de 70 % des joueurs e-sportifs vivent avec des revenus irréguliers. Beaucoup abandonnent avant 25 ans, usés par le rythme d’entraînement, le stress de la performance et l’absence de sécurité de carrière. À l’image du sport professionnel, la gloire ne concerne qu’une élite infinitésimale, mais ici sans les garanties du système sportif classique. Le paradoxe de la professionnalisation Les organisateurs, eux, profitent d’une structuration croissante : ligues franchisées, partenariats internationaux, accords de retransmission. Les compétitions deviennent des produits médiatiques rentables, taillés pour les marques et les plateformes de streaming. Les joueurs, souvent mineurs ou très jeunes, sont de plus en plus encadrés par des coachs, nutritionnistes, psychologues mais rarement protégés par un cadre légal adapté. Le droit du travail peine à suivre. La France, pionnière en Europe avec son statut de joueur professionnel d’e-sport instauré dès 2016, reste une exception. Ailleurs, les athlètes numériques sont considérés comme des prestataires indépendants. Les clubs évitent ainsi les obligations contractuelles lourdes. Résultat : la professionnalisation profite aux structures et aux marques, pas nécessairement à ceux qui jouent. Des enjeux de santé et d’éthique L’autre grande limite du modèle e-sportif est humaine. Les troubles musculosquelettiques, la fatigue visuelle, mais aussi le burn-out sont désormais des réalités documentées. Les carrières sont courtes rarement plus de cinq ans à haut niveau et la reconversion reste difficile. Certains pays tentent d’instaurer des programmes de suivi post-carrière, mais la majorité des joueurs retombent dans l’anonymat après leur retrait. S’ajoutent des questions d’éthique : dopage numérique (usage de stimulants), paris illégaux, harcèlement en ligne, manipulation d’audiences sur les réseaux. Le monde du jeu compétitif doit désormais affronter les mêmes dérives que le sport classique, sans toujours disposer des outils de régulation nécessaires. En 2025, l’e-sport se trouve à la croisée des chemins. L’entrée progressive dans les institutions sportives internationales — le Comité international olympique a déjà lancé plusieurs programmes pilotes — confirme sa reconnaissance culturelle. Mais la promesse d’un avenir durable passera par une meilleure redistribution des richesses et la création d’un cadre protecteur global.

  • Jeux vidéo : quand le virtuel devient prison

    Les jeux vidéo, omniprésents dans la vie des adolescents et jeunes adultes, cristallisent depuis une décennie une inquiétude grandissante : celle de leur potentiel effet néfaste sur la santé mentale, relationnelle et scolaire. Loin de tout procès d’intention, il s’agit ici de tirer le fil d’un malaise réel, documenté par les spécialistes et vécu souvent dans le silence par les jeunes eux-mêmes. Derrière le plaisir, l’obsession numérique Pour Brian, 16 ans, l’histoire commence par une passion : « J’ai découvert les jeux en ligne grâce à mes amis. Au début c’était du fun, puis c’est devenu une dépendance, je ne voyais plus personne, j’ai perdu pied avec la réalité. » Ce témoignage, loin d’être isolé, illustre une lame de fond : perte de contrôle sur le temps de jeu, repli sur soi, dénégation des autres loisirs et abandon progressif des relations sociales. Le psychiatre Geneviève Lafaye observe : « La majorité des jeunes joueurs ne développent pas une addiction. Mais pour ceux chez qui le jeu devient compulsif, on repère une vraie détresse : troubles du sommeil, irritabilité, anxiété, sentiment de vide en dehors du jeu. »​ La mécanique de l’enfermement Les jeux vidéo sollicitent intensément la dopamine, la molécule du plaisir et de la récompense. Mais dans le contexte scolaire (examens, échec, stress), certains jeunes trouvent dans le jeu une échappatoire séduisante, vite exclusive. Laura, 15 ans, témoigne : « Quand je perdais, je devenais agressive, j’avais l’impression de n’exister que dans le virtuel. Ça m’a rendu anxieuse, triste, j’ai coupé les ponts avec mes copines. » Ce repli est d’autant plus sournois que l’environnement favorise l’hyperconnexion : réseaux sociaux, influenceurs, publicités ciblées rendent le virtuel omnipotent, au détriment du sommeil, de la vie familiale (conflits, barrières) et de l’engagement scolaire.​ Le regard des professionnels Pour le Dr Abdou Belkacem, spécialiste en addictologie, les signes précurseurs sont clairs : « Isolement social, baisse des notes, irritabilité, troubles alimentaires et du sommeil doivent alerter. Le plus difficile est la négation du problème : il faut du temps, de la bienveillance, et une prise en charge adaptée. » Il ajoute : « La demande d’aide vient souvent de l’entourage, parents affolés ou amis inquiets. Notre rôle n’est pas de diaboliser, mais de réinsérer le jeu dans une pratique équilibrée, en redonnant sa place au dialogue et à la diversité des loisirs ». Selon les experts, l’abstinence totale n’est ni réaliste ni souhaitable : il s’agit plutôt de réintroduire des activités “hors-écrans”, de travailler sur l’estime de soi et d’accompagner le jeune dans son autonomie, loin des modèles culpabilisants.​ Une souffrance qui s’exprime peu Les conséquences sont durables : anxiété, troubles de la concentration, perte de lien social, parfois même dépression ou décrochage scolaire. À l’hôpital Paul-Brousse, une unité spécialisée prend en charge des jeunes “joueurs pathologiques”. Pour certains, la rechute est possible le jeu, rarement la cause unique, accompagne souvent des fragilités préalables, comme l’exclusion, la perte de repères ou le harcèlement scolaire.​ Vers une prévention intelligente Face à ce phénomène, les spécialistes plaident pour une prévention active : identification précoce, formation des familles et des éducateurs, campagnes d’information sur la gestion du temps d’écran et l’importance du dialogue. Les groupes de parole pour jeunes, l’intégration d’activités physiques, la régulation douce plutôt que punitive et le développement de ressources thérapeutiques adaptées sont des leviers fondamentaux.​ Ce que révèlent les témoignages, c’est la nécessité de sortir d’une vision binaire : le jeu vidéo n’est pas en soi “le mal”, mais son usage excessif, non accompagné, dans un contexte de fragilité, peut devenir un révélateur d’un mal-être plus large et profond. Comprendre, accompagner et réhabiliter l’équilibre numérique, c’est la clé d’une prévention efficace pour que le virtuel ne devienne plus une prison, mais redevienne un espace de jeu et d’ouverture.

  • Cancer du sein en Haiti : un fléau silencieux

    Le cancer du sein en Haïti est une tragédie qui bouscule les certitudes médicales, sociales et politiques, cristallisant les inégalités du pays et mettant à nu l’absence criante d’un véritable système de santé accessible. D’année en année, c’est la première cause de cancer chez la femme haïtienne, un fléau qui frappe sans distinction sociale mais dont les chances de survie varient radicalement selon la précocité du diagnostic, le niveau de revenu et, trop souvent, le soutien communautaire.​ Des chiffres qui interrogent la justice sociale Environ 1 355 nouveaux cas de cancer du sein sont diagnostiqués chaque année, mais le ratio de mortalité/incidence dépasse 60% : pour dix femmes touchées, plus de six en meurent. Ce taux est l’un des plus élevés des Caraïbes. Non pas parce que la maladie serait “plus virulente” en Haïti, mais parce que l’accès au dépistage, aux traitements et au suivi post-thérapeutique reste une gageure. 80% des patientes consultent tardivement, souvent à des stades avancés jugés désespérés dans un pays où l’on manque de mammographies, de biopsies à lecture rapide, et où l’on confond parfois, faute de formation, boule bénigne et tumeur dangereuse.​ L’injustice tarifée du droit à la santé Si les conséquences psychologiques ou économiques sont universelles, en Haïti, elles se doublent d’un véritable effondrement social : une mastectomie coûte environ 550 USD, une chimiothérapie entre 450 et 1 000 USD, une radiothérapie (rare localement) se paie à l’étranger, jusqu’à 10 000 USD. Pour une population dont le revenu annuel dépasse à peine 1 500 USD, la maladie condamne à la ruine, à l’abandon de toute activité professionnelle, au rejet social et parfois à l’endettement familial les femmes, déjà structurantes et précaires dans la société haïtienne, subissent une double peine, renforcée par les inégalités de genre.​ La géopolitique du soin, entre résilience et mobilités forcées Les lieux de traitement sont peu nombreux : l’Hôpital Universitaire de Mirebalais, quelques cliniques privées et ONG. La radiothérapie, pourtant nécessaire à beaucoup de protocoles, demeure quasi inexistante, obligeant des patientes à émigrer, voire à s’expatrier temporairement, le temps d’un traitement en République Dominicaine. Face à l’insécurité grandissante, même la simple visite médicale devient une épreuve. La circulation des malades et parfois leur perte dans le flux est le reflet cruel d’une “cartographie sanitaire” éclatée. De nombreux témoignages évoquent le parcours du combattant : délais énormes, errances administratives, métastases qui avancent pendant qu’on collecte l’argent ou qu’on attend la sécurité nécessaire pour traverser Port-au-Prince ou Jacmel.​ L’oubli institutionnel et la force communautaire Le budget de la santé publique pour 2024-2025 se limite à 6,4 % du budget national, sans plan dédié à la prise en charge du cancer. Il n’existe aucun vrai programme structuré de dépistage. Pourtant, le combat ne cesse pas d’exister il se mue en stratégies parallèles : réseaux de femmes, entraide parfois informelle, initiatives ponctuelles d’ONG ou d’universités (formations accélérées, campagnes de dépistage dans le Plateau Central ou l’Artibonite). La solidarité collective, la force des patientes et des proches pallient partiellement les abandons institutionnels. Les témoignages abondent sur l’importance du “réseau invisible” : encouragement, partage d’expériences, soutien face à la peur du stigmate et du deuil.​ Une maladie bouleverse les familles Fait marquant des dernières années : le cancer du sein “rajeunît”. De plus en plus de jeunes femmes parfois dès 25 ans sont touchées, bouleversant la perception et la gestion familiale de la maladie. Au-delà du traumatisme physique s’ajoute le refus de l’abandon, la nécessité d’inventer de nouveaux canaux d’information et d’entraide (éducation médicale, groupes de parole, campagnes en créole pour toucher les diasporas rurales). Ainsi, “Chak moun gen yon istwa ki merite rakonte” devient le slogan des militants : refuser la fatalité, penser le cancer du sein comme affaire collective et sociale, et non comme maladie honteuse ou individuelle.​ Changer de paradigme : vers une nouvelle lutte sociale L’angle inédit, au-delà des chiffres, est politique et culturel : le cancer du sein en Haïti révèle un pays où la santé est encore un privilège, où le soin se privatise et se féminise, et où la prise de parole et la mobilisation collective apparaissent comme premiers remparts. L’urgence n’est pas seulement sanitaire : il s’agit de redéfinir la valeur du soin, d’imposer la santé comme droit fondamental, d’exiger que chaque histoire de malade soit un récit commun. Face à cette inégalité extrême, la nouvelle génération de militantes et de professionnels pousse pour un changement de paradigme : généraliser le dépistage, former des soignants, sécuriser l’accès aux traitements et inventer des politiques de santé respectueuses de la pluralité haïtienne. La lutte contre le cance r du sein ne sera gagnée qu’en mettant fin au silence, à l’invisibilité, et en transformant l’épreuve individuelle en combat social partagé. Ce défi n’est pas seulement médical : il est politique, culturel, et profondément humain.

  • Fast fashion : l’illusion du style, le coût du désastre

    L’industrie de la fast fashion a construit un empire sur une promesse séduisante : la mode accessible, renouvelée chaque semaine, où chacun peut réinventer son identité à faible coût. Mais sous l’apparente démocratisation du style se cache un système industriel d’une violence sociale et écologique rarement assumée. Chaque année, plus de 100 milliards de vêtements sont produits dans le monde, soit une multiplication par deux en quinze ans. Ce flot continu n’est pas destiné à durer : on estime qu’un article fast fashion est porté sept à dix fois en moyenne avant de finir abandonné, voire jeté. Le vêtement devient un produit jetable, un consommable parmi d’autres l’antithèse de ce qu’a longtemps représenté l’habillement : une forme d’expression pérenne, parfois transmissible. Une économie de l’exploitation L’essence de la fast fashion repose sur des délocalisations en chaîne, une fabrication accélérée et des coûts compressés jusqu’à l’absurde. Derrière l’étiquette « Made in Bangladesh » ou « Made in China » se cachent souvent des conditions de travail précaires : salaires très bas, absence de protections sociales, exposition à des produits toxiques. Le drame du Rana Plaza en 2013 plus de 1 100 morts a brièvement choqué l’opinion. Mais l’émotion s’est dissipée : les marques ont continué à délocaliser, parfois vers des pays encore moins regardants sur les normes. L’arrivée de l’ultra fast fashion (Shein, Temu…) aggrave la tendance. On ne parle plus de collections mensuelles mais de milliers de nouvelles références chaque jour, générées et testées en temps réel grâce aux données collectées sur les comportements des consommateurs. Ici, l’algorithme dicte le design : la créativité est secondaire, l’objectif est de coller à la demande instantanément et au moindre coût. Une catastrophe écologique planétaire Le textile est responsable de 10 % des émissions mondiales de CO₂ plus que l’aviation et le maritime réunis. Les tissus synthétiques, majoritaires dans la fast fashion, sont issus du pétrole : chaque lavage libère des microplastiques qui finissent dans les océans et jusque dans nos organismes. L’eau utilisée pour la teinture pollue des régions entières ; l’industrie du coton assèche des bassins vitaux. Le gaspillage est tout aussi alarmant : plus de 40 millions de tonnes de vêtements sont jetées annuellement. Une partie est expédiée vers des pays africains ou sud-américains sous couvert de « seconde main ». En réalité, ce sont des montagnes de déchets textiles qui s’entassent dans des décharges à ciel ouvert ou sont brûlées clandestinement. Une emprise culturelle sur nos désirs Pourquoi continuons-nous à acheter ? Parce que la fast fashion a compris notre rapport anxieux à l’image sociale. Elle occupe l’espace mental : influenceurs, micro-tendances TikTok, promos permanentes… L’acte d’achat devient une récompense émotionnelle immédiate. On se persuade d’acheter pour « suivre le style », mais c’est le système qui dicte ce style et l’accélère jusqu’à rendre le vêtement obsolète avant même de l’avoir porté. C’est une aliénation douce : nous n’exprimons plus notre identité par la mode, nous consommons des identités préfabriquées. Face au désastre, la réponse ne peut être seulement individuelle. Certes, privilégier : la seconde main ; la réparation ; des marques transparentes sur leur chaîne de production ; sont des gestes utiles. Mais il faut aussi réguler : limiter l’importation de produits jetables, imposer la traçabilité, protéger les travailleurs du textile, taxer l’ultra-production. La mode ne doit pas renoncer à son pouvoir d’inventer des récits, d’affirmer des identités. Mais l’innovation stylistique ne peut plus se faire contre le vivant et contre les humains. L’urgence est de sortir de la logique du tout-jetable, de redonner de la valeur au vêtement au-delà du prix affiché sur l’étiquette.

  • Michael, le biopic qui défraie la chronique

    Michael d’Antoine Fuqua s’annonce comme l’un des biopics les plus polémiques et attendus de la décennie. Porter à l’écran l’histoire de Michael Jackson, génie musical, monstre médiatique et figure controversée, constitue un défi aussi artistique que moral. Fuqua, cinéaste du spectaculaire (Training Day, Equalizer), a choisi de confier le rôle du King of Pop à son neveu, Jaafar Jackson : une incarnation saluée pour sa ressemblance et son énergie scénique, mais scrutée pour ses liens familiaux.​ Le film ambitionne de retracer la trajectoire complète de l’artiste, de l’enfant prodige des Jackson 5 au géant de la pop, jusqu’à la chute et aux ténèbres qui ont marqué ses dernières années. L’écriture de John Logan n’évite pas les zones d’ombre : la complexité de Joe Jackson (Colman Domingo), la solitude de l’homme face aux démons de l’enfance, la construction du mythe, mais aussi les accusations d’abus sexuels et les procès qui ont accompagné la fin de sa vie. Pourtant, dès la post-production, le film se trouve confronté à des imprévus : nécessité de retourner le troisième acte, notamment pour éviter la violation d’accords juridiques passés lors du procès Chandler en 1993, ce qui impose un rééquilibrage du récit.​ Cette tension entre hommage et analyse critique traverse tout le film. Fuqua déclare vouloir « montrer Michael en tant qu’homme, avec ses bons et moins bons côtés », mais la production doit aussi ménager les sensibilités, entre les fans iconiques et les héritiers du débat post-Leaving Neverland. D’un côté, la bande-annonce joue sur la nostalgie, ravivant les performances emblématiques, reconstituant le Dangerous Tour ou les clips légendaires. De l’autre, le scénario ne peut contourner l’ambivalence, appuyée par la présence de trente chansons et une galerie de personnages ayant marqué la vie de Jackson John Branca, Katherine, le clan Jackson mais sous l’œil vigilant de la famille, omniprésente sur le tournage.​ Le film promet donc une immersion musicale époustouflante, mais aussi une plongée dans les mécanismes de la starification, la généalogie du scandale et la difficulté de représenter l’indicible : comment montrer les rapports de force, le corps surexposé, les traumas ? Critiqué pour risquer l’édulcoration, salué pour sa volonté d’exhaustivité, Michael divise d’avance : ses choix narratifs révèlent un repositionnement stratégique du biopic contemporain, oscillant entre fidélité documentée et pudeur dramatique.​ Le débat public qui entoure la sortie renforce l’enjeu : le film stimulera des ventes, relancera le catalogue de Jackson, mais actualisera les querelles mémorielles et les polémiques sur la représentation des figures controversées. Ici, le biopic devient un laboratoire de l’écriture de l’Histoire, un test grandeur nature pour l’éthique du spectacle.

  • Le sentiment d’un repositionnement géographique et stratégique de la mode

    La géographie de la mode, longtemps structurée autour des pôles historiques (Paris, Milan, New York, Londres pour la création, la Chine et le Bangladesh pour la production), connaît en 2025 un repositionnement aussi stratégique que géographique d’une rare ampleur. Cette recomposition est le fruit d’une série de chocs : ralentissement de la Chine, crise de l’approvisionnement, pressions réglementaires, exigences écologiques et nouvelle cartographie des marchés émergents. La mode, domaine hyper-connecté mais longtemps centralisé, se diffuse aujourd’hui selon des lignes de fractures inédites. ​ L’Asie : fragmentation et montée du Sud Si l’Asie Pacifique domine toujours (40% du marché mondial, la Chine en pesant plus d’un quart), la croissance y est désormais double. La Chine ralentit, freinée par ses défis internes et des consommateurs plus sensibles à la durabilité ; l’Inde, au contraire, s’arroge le statut de nouvel eldorado, tirée par sa classe moyenne en expansion rapide. De grands groupes déplacent leurs lignes de production et d’innovation de la côte est chinoise vers Gujarat, le Bengale, Ho Chi Minh Ville, voire Dacca. Le sourcing “nearshore” (approvisionnement de proximité) se développe : pour limiter les risques (sanitaires, logistiques ou géopolitiques), les marques diversifient leurs bases, investissant le Vietnam, le Cambodge, l’Indonésie, mais aussi la Turquie, voire l’Afrique du Nord ou l’Europe de l’Est.​ Au niveau stratégique, cette dynamique ne vise plus à uniquement “produire moins cher” : elle s’adapte aux marchés locaux, développe des collections capsules pour l’Inde, propose des pièces TikTok-compatibles pour l’Asie du Sud-Est et renoue avec une certaine idée du “local for local”, réduisant les délais tout en jouant sur la fibre patriotique ou régionaliste. Europe et États-Unis : recentrements et hybridations En Europe, la France reste une référence créative mais souffre d’une croissance nulle et de l’essoufflement de ses modèles historiques. L’Italie réussit mieux grâce à sa flexibilité industrielle et aux PME du luxe, tandis que l’Allemagne et l’Europe du Nord se démarquent sur la durabilité et la mode circulaire (seconde main, recyclage, location). L’Europe occidentale valorise désormais la trace carbone, la transparence, l’innovation verte : les métropoles secondaires comme Copenhague, Amsterdam, Anvers redeviennent des laboratoires de tendances.​ Aux États-Unis, l’accent est mis sur la diversité, des collabs cross-culturelles et une capacité rare à investir les nouveaux formats (métavers, NFT, IA dans le design). La stratégie “glocal”, qui adapte l’offre aux spécificités régionales et aux préférences locales, s’exporte et s’impose comme nouveau standard.​ Le Moyen-Orient et l’Afrique, nouveaux centres d’attention L’Arabie saoudite, Dubaï ou le Nigeria voient éclore d’importants évènements mode (Fashion Month à Riyad), attirant designers, acheteurs et médias globaux. Derrière le spectaculaire, on perçoit une réelle tentation des marques (luxe inclus) de conquérir un marché jeune, socialement prescripteur, et financièrement solvable. L’Afrique de l’Ouest impulse une africanisation du modèle (tissus locaux, nouvelles esthétiques) et commence à s’imposer comme hub de créativité, palliatif aux tensions du marché asiatique.​ Nouvelles stratégies et impératifs durables Le repositionnement de la mode ne se résume pas à une géographie du low-cost : c’est une quête de résilience. La fragmentation est aussi écologique (l’innovation sur les matières premières se renforce), réglementaire (multiplication des normes européennes, lois sur la transparence, législation anti-greenwashing) et digitale (l’IA module l’expérience client partout, mais aussi anticipe les besoins des marchés). La mode circulaire, les plateformes d’ultra-fast fashion et la digitalisation des boutiques rebattent les cartes de la distribution, autorisant la montée des acteurs hybrides, capables de jouer sur plusieurs continents, sur divers segments de clientèle.​ Face à ces mutations, seules les marques agiles, culturellement flexibles, transparentes et innovantes peuvent transformer ce bouleversement en opportunités. Le repositionnement est donc double : il est géographique (avec une carte de la mode mondiale totalement mouvante), mais aussi stratégique (avec l’impératif d’inventer un modèle moins extractif, plus respons able, adapté à la volatilité des attentes clients et au défi climatique). Le secteur se trouve à un tournant historique où le repositionnement n’est plus une option mais un impératif de survie et de réinvention, portée par une cartographie désormais multipolaire et une stratégie de “polycentricité” assumée.

  • 2025 : Le streaming au cœur du loisir adolescent, entre liberté et enfermement

    En 2025, le streaming s’est affirmé comme la matrice du loisir adolescent, bouleversant durablement les usages, les sociabilités et la perception même de la liberté. Séries, musiques, jeux vidéo, contenus courts ou interactifs : tout converge sur des plateformes qui promettent aux plus jeunes l’accès illimité à un imaginaire mondial, renouvelé à chaque clic. Mais ce vertige de choix cache une ambivalence fondamentale entre émancipation et enfermement numérique. Les chiffres sont sans appel : selon plusieurs études européennes, les adolescents passent aujourd’hui en moyenne près de 7 h par jour derrière leurs écrans, dont une part croissante sur des plateformes de streaming ou de contenus à la demande. Les 13-19 ans possèdent 2,9 appareils personnels, et près de 64 % d’entre eux jouent, consomment des séries (35 %) ou créent des vidéos. Le streaming représente l’entrée principale dans l’univers culturel adolescent, supplantant la télévision traditionnelle et éclatant les référents collectifs au profit de communautés algorithmiques, segmentées par les goûts et les recommandations.​ Cette liberté apparente se traduit par l’accès immédiat à des œuvres rares, des tutoriels, des nouvelles formes d’éducation et de débat, parfois même par l’entrée dans des réseaux militants ou communautaires. Les plateformes offrent tout : la culture mondiale, l’interaction, la personnalisation algorithmique, la possibilité de se bâtir une identité numérique autonome. L’illusion du choix Mais cette liberté se construit sur un paradoxe : plus le choix est vaste, plus les adolescents se retrouvent captifs d’un système qui trie, profile et oriente leur attention selon des logiques commerciales ou comportementales. Les bulles de recommandations et d’habitudes fermées, l’intelligence artificielle qui anticipe les goûts, l’enfermement dans des univers similaires — tout concourt à réduire la diversité effective des pratiques. Le “streaming” promet l’émancipation, mais pousse à une répétition, à la dépendance aux notifications et aux interactions rapides, au détriment de la découverte active, de la lenteur ou du débat contradictoire.​ Cet enfermement s’accompagne de conséquences sociales : fatigue visuelle, perte de sommeil (20 minutes par nuit en 12 ans), sédentarité croissante, difficultés de concentration, obésité. Les adolescents expriment eux-mêmes une perception ambivalente : 52 % déclarent utiliser le streaming pour maintenir le lien social, 47 % pour le devoir scolaire, mais 80 % des parents s’inquiètent du temps passé devant les écrans et de la nature des contenus consultés.​ Nouveaux liens, nouvelles vulnérabilités S’il favorise certains apprentissages (langues, créativité, accès à des ressources éducatives), le streaming peut aussi creuser les inégalités : tous les ados n’accèdent pas aux mêmes contenus ni aux mêmes pratiques, en fonction des moyens financiers, du suivi parental ou de l’environnement social. En 2025, la fracture numérique se lit dans l’accès aux plateformes de streaming payantes, aux outils connectés et à la présence d’espaces de dialogue hors écrans.​ Des initiatives institutionnelles émergent : régulation accrue, conseils de parents, cours sur l’“hygiène numérique” ; mais elles peinent à contenir la pression des usages et de la viralité. Face au risque d’addiction (dépistage proposé dès le collège par Gabriel Attal), le couvre-feu numérique et la taxation des plateformes sont évoqués. Mais la question sociale et philosophique subsiste : comment garantir aux adolescents un usage raisonné, ouvert et solidaire du streaming ?​ Le streaming fait du loisir adolescent un espace de tension : entre la personnalisation algorithmique et l’isolement, entre la créativité offerte et la fatigue connectée, entre la promesse d’une culture mondiale et le repli sur soi. L’émancipation réelle suppose une éducation critique, la réouverture des espaces physiques, la régulation des rythmes et des contenus. En 2025, le défi est moins celui de la quantité que de la qualité de l’expérience : transformer le streaming en levier d’ouverture, plutôt qu’en spirale de répétition et d’enfermement.

  • Avatar : de feu et de cendres de James Camero

    Ce film est sans doute l’entreprise la plus ambitieuse de la saga depuis ses débuts, cumulant défis technologiques et nouveaux enjeux narratifs. Après les splendeurs aquatiques de La Voie de l’eau, Cameron opère un virage dramatique vers une Pandora plus sombre et traversée par la guerre civile au sein des Na’vi eux-mêmes.​ L’intrigue démarre sur une terre dévastée par le deuil : la famille de Jake Sully et Neytiri, frappée par la perte de Neteyam, tente de recoller les morceaux d’une identité familiale brisée. Mais Cameron ne se contente plus d’opposer humains et autochtones : le peuple des cendres, nouvelle tribu volcanique menée par Varang, incarne la radicalisation, le reniement spirituel et la colère née des traumas. Les tensions entre Na’vi fissurent l’unité de Pandora, apportant à la saga une complexité morale inédite. Exit le manichéisme, place à la nuance et à la guerre fratricide, sur fond de conflits idéologiques et cultuels.​ Visuellement, Cameron repousse, comme à son habitude, toutes les limites : la 3D HFR, les effets spéciaux volcaniques et les panoramas inédits de Pandora dessinent un spectacle aussi brûlant que spectaculaire. Mais cette virtuosité sert cette fois un propos moins édifiant, plus soucieux d’explorer la faille humaine, la vengeance et l’ambivalence des alliances. On sent que le réalisateur veut ajouter plus de profondeur émotionnelle à ses protagonistes, défendre une réflexion sur l’écologie, le deuil et la mémoire, tout en préparant le terrain pour les suites déjà annoncées dont une virée sur Terre en Avatar 4.​ Si le film peut parfois tanguer sous l’accumulation de thèmes et la longueur (plus de trois heures), il prouve la capacité du blockbuster à aborder un malaise politique et social. James Cameron montre que la science-fiction grand public n’échappe pas à la désillusion contemporaine : un miroir de nos temps brûlants, fascinant mais inquiet sur l’avenir du récit collectif et du cinéma d’aventure

  • Jeux vidéo : 2025, l’année de l’IA créative et du joueur-auteur

    Les titres attendus en 2025 comme les futurs volets d’univers AAA (GTA, Assassin’s Creed, Fortnite évolutif) intègrent une IA générative permettant des quêtes et des personnages réagissant à la personnalité du joueur. Nous entrons dans l’ère du récit co-écrit. Cette innovation transforme la structure du jeu : Fin de la narration figée ; Multiplication infinie des scénarios ; Identification du joueur plus forte que jamais. Mais l’exaltation technique cache des risques :Si chaque joueur obtient « sa » version de l’histoire, où se situe encore l’œuvre collective ?  Peut-on critiquer en commun un récit que chacun a vécu différemment ? Les studios accumulent des données comportementales d’une précision vertigineuse. Les préférences morales, les peurs, les frustrations deviennent des données exploitables commercialement. Le jeu devient un miroir qui nous observe autant qu’on l’observe . D’un autre côté, le modding explose. Avec des outils simplifiés, les fans deviennent développeurs. Cette créativité redistribue le pouvoir… mais au sein d’écosystèmes propriétaires où les plateformes captent valeur et visibilité. L’industrie du jeu façonne désormais des espaces culturels, sociaux et identitaires . Interroger son modèle économique devient indispensable pour éviter qu’il ne devienne l’usine invisible du réel.

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